Crise du Golfe et relocalisation des expatriés
Les frappes américano-israéliennes contre l'Iran du 28 février 2026 ont transformé le Golfe, premier corridor d'expatriation au monde, en zone de conflit du jour au lendemain. Plus de 52 000 vols ont été annulés depuis le début de l'opération Epic Fury. L'aéroport international de Dubaï, le plus fréquenté au monde pour les passagers internationaux, a subi des dommages directs lors d'une frappe de drone iranien qui a touché un réservoir de carburant et un hall de terminal. Emirates, la plus grande compagnie aérienne internationale, a suspendu ses opérations indéfiniment.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, est de facto fermé après que l'Iran a posé des mines navales dans le chenal de navigation. Le Brent a atteint 126 dollars le baril en quelques jours. Le brut de Dubaï a culminé à 166 dollars le 19 mars, le prix le plus élevé jamais enregistré. L'AIE a qualifié cet événement de plus grande perturbation de l'approvisionnement énergétique mondial depuis les années 1970.
24 millions de travailleurs, aucun plan d'évacuation
L'OIT estime que plus de 24 millions de travailleurs migrants vivent dans les États du Golfe. Rien qu'aux Émirats arabes unis, les ressortissants étrangers représentent 92 % de la main-d'œuvre. Ces travailleurs, principalement originaires d'Inde, du Bangladesh, des Philippines, du Kenya et d'Indonésie, occupent des postes dans la construction, l'aide à domicile, les soins et la marine marchande, sans lesquels les économies du Golfe ne peuvent fonctionner.
L'une des premières victimes civiles fut Mary Ann de Vera, une aide-soignante philippine de 32 ans. NPR a rapporté que la majorité des victimes civiles dans tout le Golfe étaient des ressortissants étrangers. Les Philippines comptent environ 2,4 millions de travailleurs dans la région, dont environ un million aux Émirats. Le président Marcos a demandé aux travailleurs philippins à l'étranger de se mettre à l'abri sur place, invoquant la fermeture des aéroports et des conditions de vol dangereuses.
La logistique impossible de l'Inde
L'Inde compte la plus grande diaspora en danger : plus de 9 millions de citoyens répartis dans le Golfe. Le gouvernement indien a rapatrié environ 375 000 ressortissants depuis le 28 février, en opérant 58 vols spéciaux et en activant des itinéraires de transit via l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Jordanie. Qatar Airways a évacué 7 600 Indiens depuis Doha en seulement trois jours. Mais une évacuation complète de 9 millions de personnes coûterait des milliards et nécessiterait une logistique qui n'existe tout simplement pas.
Six ressortissants indiens sont morts jusqu'à présent. Des millions d'autres sont bloqués, en attente de la réouverture de l'espace aérien.
L'exode des professionnels
Pour les 240 000 expatriés britanniques aux Émirats et les dizaines de milliers d'autres professionnels occidentaux, le calcul est différent. Ils peuvent partir. Beaucoup l'ont déjà fait. Le Daily Mail a rapporté une vague de départs paniqués de Dubaï, avec des directeurs d'école perdant des dizaines d'enseignants ayant quitté le pays et peu susceptibles de revenir.
Les destinations forment un nouveau schéma : Singapour est le premier choix des professionnels de la finance et de la tech, offrant des infrastructures similaires avec un taux d'imposition maximal d'environ 22 %. Le secteur technologique irlandais à Dublin, ancré par Google, Apple et Microsoft, absorbe les travailleurs qualifiés. Certains expatriés évitent complètement le Royaume-Uni pour ne pas déclencher la résidence fiscale, choisissant l'Irlande ou la France comme solutions d'attente.
Les Émirats ont signalé une flexibilité fiscale pour les expatriés en partance, tentant de garder la porte ouverte pour un éventuel retour. Reste à savoir si quelqu'un acceptera cette offre, ce qui dépend de l'issue de cette guerre.
Le choc des transferts de fonds
Les transferts de fonds du Golfe font vivre des économies entières en Asie du Sud et du Sud-Est. Les travailleurs philippins à eux seuls ont envoyé 38 milliards de dollars chez eux en 2024, soit environ 8-9 % du PIB philippin. Les transferts indiens depuis le Golfe sont encore supérieurs. Si ces travailleurs ne peuvent plus gagner d'argent ou l'envoyer chez eux, les conséquences en aval pour les familles et les économies nationales des Philippines, de l'Inde, du Pakistan, du Bangladesh et de l'Égypte seront graves.
Alhurra a posé la bonne question : les économies du Golfe peuvent-elles tenir si les travailleurs étrangers partent ? La réponse est probablement non. Ces économies ont été construites sur une main-d'œuvre importée. La construction s'arrête, les services s'effondrent, et le marché immobilier, déjà ébranlé par les frappes de drones, chute encore.
En résumé
Le conflit avec l'Iran a bloqué 24 millions de travailleurs migrants dans le Golfe, fermé le détroit d'Ormuz, poussé le pétrole à des prix records et déclenché un exode professionnel vers Singapour, Dublin et d'autres pôles. L'Inde compte à elle seule 9 millions de citoyens en danger, sans plan d'évacuation réaliste. Les expatriés occidentaux se relocalisent. Les travailleurs à bas salaire d'Asie du Sud et du Sud-Est sont pour la plupart bloqués. Le modèle économique du Golfe, entièrement bâti sur la main-d'œuvre étrangère, fait face à sa première véritable épreuve.